« Il faut l'exclure de la société »

CHRONIQUE JUDICIAIRE. Aux comparutions immédiates, au Palais de justice de Paris, Monsieur V. est jugé pour des violences commises sur une jeune femme et un policier en pleine rue. 

A propos de ce projet
Publié le 29 Janvier 2018
Mots clés : justice police
Auteur
Elena Louazon Promotion 72
Making Of

Cet article a été réalisé en novembre 2017, dans le cadre de la session TBR (techniques de base rédactionnelles) du CFJ sous la direction d'Ondine Millot.

Sur le banc des prévenus, Monsieur V. semble bouillonner de l’intérieur. « Vous avez dit aux policiers “Nique la police française”, “Varsovie vous encule” et “Vaf’enculo”, énumère, hésitant, le président à la lecture du dossier. Il relève la tête : “ça veut dire quoi Vaf’enculo ?” ». Monsieur V., polonais d’une quarantaine d’années au crâne rasé et à la barbe épaisse, a été arrêté en septembre après avoir mis un coup de pied à une jeune femme dans la rue, puis au policier en civil qui a tenté de s’interposer. Quand les renforts de police sont arrivés, il les a insultés et frappés avant de baisser son pantalon et de se masturber. 

Grand gaillard, il est obligé de s’abaisser pour se mettre à la hauteur de sa traductrice polonaise, une petite femme de soixante ans. « En garde-à-vue, vous avez dit aux policiers “c’est votre travail de regarder ma bite“, relève le président, qui réprime un sourire. Vous avez un problème sexuel monsieur ? ». Monsieur V. tente plusieurs fois de prendre la parole pour protester. « Il se tait ! C’est moi qui dirige le débat », lance le président en direction de l’interprète, après une énième interruption. 

« En détention, sa pathologie ne sera pas traitée » 

Très énervé, Monsieur V. peine à se contenir. Lorsqu’il essaie de raconter sa soirée, ses mots chevauchent ceux de la traductrice. « Il y avait beaucoup de monde, c’est une collision », tente-t-il, pour expliquer le coup porté à la jeune femme. « Vous aviez bu ce soir-là ? », s’enquiert le président. Monsieur V. reconnaît « quelques bières ». Onze pintes, d’après l’expertise médicale. 

L’examen psychologique montre une addiction à l’alcool et préconise une injonction de soins. Mais la procureure balaie ces conclusions. « Il a des tendances psychopathes », affirme-t-elle. Elle accuse Monsieur V. d’avoir fourni une fausse identité et d’être en réalité biélorusse. Sous son vrai nom, il aurait à son actif plusieurs condamnations pour des violences. « Il ignore l’existence des autres, tranche-t-elle, à la fin de son réquisitoire. Il faut l’exclure de la société ». Elle demande 18 mois de prison. 

« En détention sa pathologie ne sera pas traitée, plaide son avocat. La société doit être protégée, mais elle sera mieux protégée s’il est soigné, et ça ne peut se faire qu’à l’extérieur ! » En fin de journée le jugement tombe : Monsieur V. est condamné à an ferme.

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